Voltaire, 1694-1778

Stylistique du XVIIIe siècle :

Le Dictionnaire Philosophique de Voltaire

 

· Morel et Petiot, La stylistique aux concours, Paris : Champion, Unichamp.

· Perrin-Naffakh, Stylistique. Pratique du commentaire, Paris : PUF.

 

Stylistique =   la forme doit produire du sens

                        - les allitérations qu’on peut interpréter

                        - synecdoque chez Apollinaire (esthétique du fragment)

 

Dans le Dictionnaire Philosophique, voir en particulier les articles courts et ceux qui s’éloignent des grandes attaques voltairiennes comme l’anticléricalisme.

 

Ce qui différencie la stylistique de l’explication de texte :

Ne pas confondre les questions posées à un texte et les grandes parties de l’analyse. Mise en forme textuelle comme productrice de sens.

Ne pas se demander ce que l’auteur a voulu dire. On regarde plutôt comme il le dit. Ce n’est pas une étude de contenu ; la signification est construite par la matière du texte.

Proposer un plan différent de l’ordre linéaire du texte. Voir la datation des articles et la place de l’extrait dans l’œuvre.

 

· Voltaire et ses combats, sous la direction de Kolving et Mervaud (actes de colloque). Tome 1 sur le Dictionnaire Philosophique.

 

Un dictionnaire, c’est quoi ?

 

Selon l’article « dictionnaire » de l’Encyclopédie, il existe 3 types de dictionnaires :

            - dictionnaire de langue = explique le sens des mots

            - dictionnaire historique = retrace les faits de l’histoire des mots

            - dictionnaire de sciences et techniques = dictionnaire de choses.

Il y a un mixte des 3 dans le Dictionnaire Philosophique. Il a des caractéristiques du genre dictionnaire.

 

Voir comment l’article s’inscrit dans le genre du dictionnaire ou du dictionnaire philosophique.

 

APPLICATION : l’article « Baptême » (p. 47 seulement)

1ère phrase : on a affaire au dictionnaire de mots. On fait mention du mot et pas usage ; on commente le mot en soi. Usage métalinguistique.

Dans l’article, on raconte des faits à propos d’une pratique. C’est un mixte de sciences et de faits.

On échappe à l’énonciation ordinaire du dictionnaire :

            - « voyez » (l. 12) = référence à un interlocuteur

            -  indéfini « on » (l. 7). Un dictionnaire ne resterait pas dans le flou, il dirait de qui il s’agit

            - « je » (§ 3) = discours rapporté (le dictionnaire l’utilise habituellement pour insérer le mot en langue)

            - déictiques comme « voici » (§ 3) qui n’ont pas leur place dans un dictionnaire.

 

§ 2 : ironie qui n’est pas d’usage dans un dictionnaire. Un dictionnaire est précis et objectif mais ici l’énonciation est subjective. Adverbe « même » renforcé par « pourtant » + « daigna » (modalisateurs). Le discours rapporté n’est pas d’usage en principe.

l. 12-13 : renvoi à d’autres précisions et à d’autres auteurs. Voltaire reprend des caractéristiques du genre mais pour les décaler.

1ère phrase typique du dictionnaire de langue. Article qui se donne au début comme un dictionnaire normal puis qui déjoue ce genre d’écrit.

 

· L’Information grammaticale n° 65, article de Sonia Branca-Rosoff : « Le Dictionnaire Philosophique : de la rationalité du dictionnaire à l’allégorie de la fiction », 1995, p. 22-27 (Cf l’édition au programme, dans la biblio, p. LXXIX).

Þ L’Information grammaticale consacre 2 numéros par an (novembre et février) au programme d’agreg.

 

Le discours rapporté

 

Il est fréquent dans le Dictionnaire Philosophique de Voltaire. Il existe différents types de discours rapportés ; quelquefois  l’auteur disparaît de son discours. Dans l’œuvre, on a :

            - des questions oratoires qui sont posées. Ce sont de fausses questions, des introducteurs de       discours.

            - des dialogues simulés (article « Abbé »)

            - des citations, des discours rapportés directs ou indirects (article « Adam »)…

 

APPLICATION : l’article « Adam » (p. 9-10)

1ère phrase : discours rapporté indirect de Mme Bourignon ® QUE + concordance des temps.

l. 3 « Dieu lui avait révélé ce grand secret » : on est dans le discours indirect libre qui a pour caractéristique le non-marquage, l’absence de délimitation claire. On peut attribuer l’énoncé à 2 interlocuteurs différents. Si c’est Voltaire qui parle, emploi ironique de « grand », mais si c’est Mme Bourignon, pas d’ironie. L’énonciation unique d’un adjectif renvoie ici à 2 sens différents (on est un peu dans le cas de la figure de la syllepse). Les énonciateurs sont superposés.

l. 4 « comme je n’ai … je ne parlerai point » ® marque déictique. L’auteur parle.

l. 4-5 « Les rabbins … d’Adam » ® l’auteur parle.

l. 5-6 « ils savent … seconde femme » ® discours narrativisé. Le texte rapporte quelque chose qui a été dit et pensé. L’énoncé est pris en charge par l’énonciateur 1 (cf. Genette) mais il y a quelque chose qui pourrait appartenir à l’énonciateur 2. Les contenus sont attribués non à Voltaire mais aux rabbins juifs. C’est + proche de l’attribution de pensée que du discours narrativisé. On n’est pas exactement dans le discours narrativisé car on a « savent » et pas « disent que ».

Polyphonie ® mélange de voix et de provenances des énoncés, et qui se synthétise dans les énoncés.

l. 8-12 « Quelques esprits … la vie » : discours rapporté indirect ® QUE + concordance des temps. Il y a 2 discours qui s’emboîtent :

            - celui du livre : « le 1er homme… la vie »

            - le discours rapporté des « esprits creux » qui sont « étonnés » de « trouver »…

Le verbe s’étonner est polysémique, il réfère à la parole et au sentiment.

L’auteur parle des esprits creux qui parlent du Veidam. Il y a un enchaînement de discours.

En discours direct, on a le discours du Veidam : Le 1er homme fut créé…

Au-dessus ce discours direct ® Les esprits creux s’étonnent : « Voilà ce que nous trouvons dans le Veidam : … ».

p. 10 « Ils disent que » : discours rapporté puis suite de discours indirect introduits par QUE.

l. 10-15 « Que ne disent-ils … finesse » ® l’auteur parle.

Dans ce dernier passage, on voit quand même de la polyphonie : il y a des voix qui se font entendre dans le récit. L’auteur parle mais la voix des auteurs de l’autodafé se fait entendre.

l. 11 « j’abandonne … Berruyer » ® Voltaire délègue la parole au père Berruyer.

Tout ce brouillage des discours renvoie à la volonté d’éviter la censure.

l. 13 « on » = pronom personnel qui n’a pas de référent fixé. (cf la note 8, p. 446) ® Voltaire s’abrite derrière quelqu’un qui a été condamné. On = l’archevêque de Paris mais la valeur de l’indéfini est importante.

 

Finalement, les paroles prises en charge par l’auteur sont limitées : « je n’en parlerai point », « je n’en dirai mot », « je ne dis mot »… Les énoncés sont largement attribués à d’autres que l’auteur, grâce à la polyphonie. On peut parler de sous-énonciation (terme de Rabatel) puisque l’auteur d’article s’abrite sous les propos d’autres.

p. 10, l. 5-7 « les Indiens furent … grossiers ». Ce sont des propos que Voltaire pense aussi. Il parle à travers d’autres.

 

La caractérisation d’un article avec un auteur unique et objectif n’est pas vraie : une multitudes de voix apparaissent. Le modèle du Dictionnaire Philosophique était l’Encyclopédie avec plusieurs auteurs.

 

AUTRE EXEMPLE : l’article « Âme » (p. 10 à 11, jusqu’à « …qui la fait tomber »)

Dans cet article, on a plusieurs exemples de discours utilisés par Voltaire :

            - discours rapporté direct de la tulipe (p. 11)

            - discours rapporté indirect : « tu remarques … et tu dis… » (p. 10, § 3)

            - discours dont il est fait mention : « Connais-toi toi-même » (l. 1)

Statut singulier des italiques qui semblent marquer un discours direct, mais pas de la façon dont il devrait être. Il n’y a pas de frontière entre discours rapporté et mention.

Pour faire entendre d’autres voix, l’auteur utilise une palette de procédés.

l. 4 « Nous appelons âme ce qui anime » = emploi autonymique de « âme »

« Nous » est utilisé (l. 4), « tu » (§ 3) ® la situation interlocutive est à prendre en compte.

p. 10, § 2 et 3 : rythme ternaire propre à la rhétorique (cf aussi dans les articles « Adam » et « Âme »).

p. 11, § 4 et § 5 ® présence de discours direct.

p. 11 « L’opinion à laquelle … immatériel » ® discours indirect : on doit avoir l’opinion que… On a une thématisation de l’opinion reprise par un relatif. La phrase pose comme thème de la phrase l’opinion, donc le fait qu’on pense, qu’on a un avis.

 

Les pronoms dans cet article :

l. 1 « Ce serait une belle chose de voir son âme ». Ce = présentatif. Son = emploi générique. Dans le début de l’article, on est dans le générique.

l. 5 « nous » = l’ensemble de la société

« Personne » (p 10, l. 8), « on » (p. 11, § 5) = indéfinis

p. 10 « tu » renvoie par anaphore au « pauvre pédant ».

On est dans une situation de dialogue :

p. 11, § 5 « on doit s’attacher »

p. 11, § 5 « vous ne concevez pas » = le(s) lecteur(s) ?

p. 11, § 5 « je vous demande »

Les pronoms sont importants. Les pronoms déictiques sont présents mais pas dans un usage réellement déictique : « tu » ® faux dialogue, simulation pour les besoins de l’énonciation.

Polyphonie. Reconstruction de l’argument à travers des énonciateurs divers.

 

L’aspect délibératif du texte

 

La délibération est un des 3 domaines de la rhétorique. Le Dictionnaire Philosophique relève largement de ce phénomène : mise en œuvre de structures qui sont liées à l’argumentation. Normalement, un dictionnaire explique et informe ; dans le Dictionnaire Philosophique, l’argumentation est importante.

2 aspects de la délibération :

            - inventio ® le contenu des arguments

            - elocutio ® expression de ces contenus.

Inventio : quels sont les arguments développés ?

Dispositio : comment sont-ils agencés ?

Elocutio : quels sont les mots qui portent l’idée développée ?

 

Les textes du xviiie sont à la charnière de la lecture orale et de la lecture silencieuse. L’oralisation est importante dans le discours argumentatif. Comment accompagne-t-on ? Quel ton met-on ?

 

Les sous-parties du genre délibératif :

            - l’ethos concerne l’identité de l’énonciateur. Désigne tous les moyens qui vont accroître la crédibilité du discours. L’énonciateur va essayer de séduire le public et va se justifier.

            - le pathos : il s’agit d’émouvoir.

            - le logos concernant les preuves :

                                               - naturelles, tangibles (témoignages, faits historiques)

                                               - artificielles (lieux, topos, tradition).

            - le logos concernant le raisonnement (induction / déduction) : soit on a une règle qui aboutit à expliquer les faits, soit on a des faits qui conduisent à déduire des règles. Voltaire va mettre les 2 en opposition : en accumulant des faits, il montre des règles qui ne s’y conforment pas ; inversement, il part des règles et montre que les faits ne les respectent pas.

 

Le genre polémique :

Polémique = variété du genre délibératif qui se caractérise par une amplification du thème et une rupture au niveau du rhème. Au xviiie, ça ne concerne pas la phrase mais la période.

Exemple de structure phrastique (dans « Abbé », p. 5) :

            « Un pauvre qui a fait serment d’être pauvre, et qui en conséquence est souverain ! ® thème

            [on l’a déjà dit ; il faut le redire mille fois,] ® incises

            cela est intolérable ! ® rhème

 

On marque le rythme du texte à l’aide de 2 outils :

            - les pauses (tous les 4-5 mots, maximum 7)

            - l’intonation (ascendante ou descendante)

Le découpage d’ordre rythmique se fait soit par des pauses, soit par l’intonation qui monte ou qui descend.

 

APPLICATION : l’article « Christianisme » (p. 108)

« surprise » =, « Josèphe » =, « Christ » ?, « savants » =, « passage » =, « Histoire » =, « interpolé »?.

 

AUTRE EXEMPLE : l’article « Abbé » (p. 5-6)

« vous » =, « abbé » =, « etc. » ?

« bien » =, « abbé » =, « père » ?

« devenez » =, « service » =, « État » ?, « meilleure » =, « doute » =, « homme » ?, « vous » =, « pensant » ?.

« action » =, « chose » =, « divin » ?.

Beaucoup de rythmes ternaires pour le moment.

 

« abbé » =, « tonsuré » =, « porter » =, « collet » =, « court », =, « attendre » =, « simple » ?, « pas » =, « abbé » ?.

Prosodiquement, il y a 7 éléments ; syntaxiquement, le rythme est ternaire.

§ 2, l. 6-8 : amplification ® « Mais si vous n’êtes … bénéfice simple » et chute ® « vous ne méritez pas le nom d’abbé ». Ici, la protase est sous-rythmée par des montées successives.

Ces 2 notions de thème et de rhème en rhétorique correspondent d’assez

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